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Pestiférés d’hier et d’aujourd’hui

Grippe espagnole à l'hôtel dieu de Château-Thierry

La grippe espagnole à l’Hôtel-Dieu.

L’actuelle pandémie de coronavirus a beaucoup inspiré les historiens locaux. Tony Legendre dans les colonnes du quotidien régional ; l’association 2000 Histoires de mon Village présidée par Guy Freudenreich, dans son n° 209 d’avril 2020 ; et François Didolot, président d’Arts et Histoire, dans son bulletin n°43 à paraître, viennent coup sur coup de nous replonger dans l’histoire des grandes épidémies qui ont frappé le monde depuis les premiers siècles de notre ère.

Photo historique "épidémie de choléra"

L’épidémie de choléra (Doc 2000 Histoires).

Pour le premier de nos auteurs : la variole. Pour les seconds : la peste noire qui, venue de Chine décima la moitié de la population de l’Europe entre 1347 et 1351 ; le choléra (1852-1860) considéré comme l’ennemi le plus dévastateur dans le monde ; la grippe espagnole de 1918 qui fit entre 50 et 100 millions de victimes ; puis la grippe asiatique qui fit en 1957 près de 20 000 morts en France ; enfin la grippe de Hong Kong de l’hiver 1969-70 qui de nouveau a fait 30 000 victimes dans l’hexagone, sans compter le typhus ou Ebola. Hyper-passionnants sont ces récits d’autant qu’ils nous proposent à la fois un ancrage local et, qu’ils nous montrent en fait que nos puissantes nations occidentales contemporaines qui se croyaient devenues totalement intouchables demeurent en vérité très vulnérables et, surtout, qu’aujourd’hui encore elles n’ont rien trouvé de mieux que d’isoler les malades du reste de la population.  Pour nous en convaincre, le long sujet très documenté proposé par le bulletin d’Arts et Histoire sur la lèpre et dont nous avons tiré les quelques extraits qui suivent fait d’ailleurs ressortir tellement de similitudes qu’il en prêterait presque à sourire… si ce n’est à réellement s’inquiéter !

Voici en effet ce que nous narre par le détail François Didolot

François Didolot.

François Didolot.

: « Les récits consacrés à la Première Guerre mondiale ont montré le rôle de Château-Thierry comme ville hôpital et la place de l’Hôtel-Dieu pendant cette période complexe. Cependant, les soins aux malades ont commencé très tôt, la refondation de l’Hôtel-Dieu par Jeanne de Navarre s’inscrivant dans la préoccupation de prendre des pauvres et des malades, mais aussi de protéger les populations des malades contagieux, à commencer par la lèpre, maladie connue depuis l’antiquité. D’où la fondation de léproseries, puis de maladreries. L’actuelle résidence de Bellevue, située sur les hauteurs de la Ville, était à l’origine une maladrerie. Quelle est l’origine des maladreries en France ? Cette question implique de remonter à celle des léproseries, dont elles sont les descendantes. En effet, dans les deux cas, il s’agit de la prise en charge de maladies contagieuses, effrayantes par leurs symptômes et leurs conséquences, dont il convenait à la fois de protéger les populations environnantes et de soigner les personnes atteintes qui étaient à la fois des malades et des foyers de contagion. Les références traditionnelles à la lèpre que l’on trouve dans l’ancien testament montrent les méthodes de diagnostic de la maladie et de sa guérison ; elles précisent que le lépreux restera à l’écart, et que son habitation restera en « hors du camp » ; elles montrent comment est organisée leur relégation. Elle aurait été présente en Extrême Orient et introduite au Proche Orient à la suite des campagnes d’Alexandre le Grand. Au IVème siècle, cette maladie paraît assez répandue, que ce soit en France, en Lombardie, en Espagne ou en Grande-Bretagne. La prise en charge des lépreux semble devenir une affaire de l’Eglise chrétienne, les autorités canoniques organisant les méthodes de diagnostic et de séparation avec le restant de la population, tout en s’occupant de leur abri et des soins.

Au VIème siècle, la lèpre est devenue un problème social aigu ; plusieurs conciles s’en préoccupent ; les isoler du reste de la population ne suffit plus. Le premier concile d’Orléans (en 511) prescrit que l’évêque doit, autant qu’il le peut, nourrir et vêtir les pauvres et les malades qui ne peuvent pas travailler. Il ne mentionne pas expressément le cas des lépreux. 3.000 léproseries furent ainsi rattachées à la commanderie magistrale de Boigny qui était le centre de l’Ordre. C’est un Ordre mendiant et les pauvres ladres, couverts de leur cagoule et agitant leur cliquette, instrument en bois muni de trois volets mobiles, sont tenus d’aller quêter ès lieux publics. Peu à peu, ces faits et la crainte de la contagion vont entraîner une animosité croissante dans l’opinion publique qui va stigmatiser les lépreux. L’inquiétude croît dans la population. Suite à la panique de l’été 1321, lorsqu’on croyait que les lépreux avaient empoisonné les puits, le roi ordonne le 21 juin de la même année que les lépreux, épargnés par la justice, soient strictement cantonnés dans les léproseries ; cette injonction est répétée le 31 juillet 1322. Des lettres patentes du 3 juin 1404 signées de Charles VI octroient de nouveaux pouvoirs au Prévôt de Paris en matière de police sanitaire. En fait, il semble que l’endémie lépreuse ait commencé à régresser dans les régions du Nord de la France, dès la première moitié du XIVe siècle. En Île-de-France, c’est vers le milieu de ce même siècle que la régression devient sensible. D’après L. Legrand en 1351, les 59 léproseries du diocèse de Paris ne comptaient plus au total que 35 grands malades atteints de la lèpre, soit moins d’un par établissement. D’autre part, les troupes de Charles VIII, revenant de leur expédition en Italie en 1495, ramènent le « mal de Naples ». L’expansion de la syphilis à compter de cette date va être foudroyante et va poser de très graves problèmes aux hôpitaux. Aussi une ordonnance de 1496 interdira-t-elle aux « vérolés » de se faire admettre dans les Maisons-Dieu et les hôpitaux ordinaires. La plupart d’entre eux, à partir de cette date, sont dirigés vers les hôpitaux Saint-Lazare, non par confusion des deux maladies, mais parce que beaucoup de maladreries ne contenaient plus de lépreux et qu’on pensait réduire les risques de contagions en y hébergeant les porteurs du « mal napolitain » dont on connaissait encore insuffisamment le mode de propagation. »

Daniel Lambert – Agence de Presse lambert multimedia – Château-Thierry

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